Précédent L’histoire de l’Ordre de Saint-Augustin Suivant

L’évolution à travers les siècles

Dans l’évolution des Augustins, nous pouvons, comme dans tous les ordres religieux médiévaux, distinguer cinq périodes.

1244-1350 : période de maturation et de progrès

Au moment de la grande union de 1256, l’Ordre des Augustins se répandit très vite de l’Italie à la France, à l’Angleterre, à l’Allemagne et à l’Espagne. A partir de ces centres-là, l’expansion s’étendit sur toute l’Europe : de Hongrie et de la Pologne jusqu’au Portugal, de l’Irlande jusqu’à la mer Egée, la Crète, l’île de Corfou, Chypre et l’île de Rhodes avec quelques établissements dans les Balkans, l’Ukraine et les Pays baltes. Déjà en 1293, il y avait un couvent des Augustins à Paris, sur ce que nous appelons aujourd’hui le ‘Quai des Grands Augustins’ (ce nom nous rappelle que ce couvent fut un grand centre d’études). En 1329, l’Ordre comptait 34 provinces. L’expansion continua jusqu’en 1350, bien que quelques signes d’affaiblissement se fissent déjà apercevoir.

1350-1538 : déclin et mouvements de l’observance

Dans la période suivante, on remarque une baisse du zèle pour la vie évangélique et du dévouement à la vie communautaire. Il y a plusieurs raisons pour cette régression : la faible formation théologique, le ramollissement de l’autorité ecclésiastique et l’abîme entre le haut et le bas clergé. En réponse à l’indolence spirituelle fortement répandue, des congrégations réformées surgissent partout, surtout dans le bas moyen âge. En effet, bon nombre de religieux avaient la nostalgie de la vie érémitique. Les réformations allèrent de pair avec de grandes tensions entre les adeptes de l’observance, les défenseurs du renouvellement et les conventuels, défendant les anciennes habitudes. L’une de ces congrégations réformées était la congrégation de Saxe (1438), dont fit partie Maarten Luther, fondateur de la grande Réforme allemande qui nuisit beaucoup à l’Ordre. L’influence de la Réforme saxe était forte en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas. Plusieurs moines prirent le parti de Luther. Ainsi deux Augustins belges, adeptes de la doctrine luthérienne, furent condamnés au supplice du feu à Bruxelles en 1523 et moururent comme premiers martyrs de la Réformation. A Gand, ce furent des réformateurs de tendance calviniste qui condamnèrent les Augustins qui refusaient de renier leur foi. Le nombre d’Augustins diminua encore à cause de la peste et de la famine sévissant dans toute l’Europe. Entre 1348 et 1351, l’Ordre perdit 5084 de ses membres.

1539-1785 : les siècles d’or

Cette période commence avec l’élection de Girolle Servandoni (Jérôme Seripando) comme général de l’Ordre. Il était membre d’une congrégation de l’observance et posa les bases d’un renouvellement de la discipline et de la vie spirituelle. Comme savant renommé, il présida les activités de la troisième période du Concile de Trente (1562).
D’autres congrégations réformées se créèrent. Les Augustins récollets (O.A.R.) étaient à la recherche d’une vie plus rigoureuse et plus contemplative. Ils fondèrent leur première maison en Espagne en 1589 et dès 1621 ils constituaient une congrégation à l’intérieur de l’Ordre de Saint-Augustin. C’est seulement en 1912 qu’ils devinrent indépendants. Les Augustins déchaussés (O.A.D.) furent fondés en 1593 en Italie et devinrent un ordre autonome en 1931. Ils furent présents en France dès 1596 et disparurent lors de la Révolution française. La Congrégation de Bourges, lesdits Petits Augustins, fondée en 1592 par Etienne Rabache, était l’une des plus sévères. L’Ordre se répandit aussi Nouveau Monde avec des couvents au Mexique, au Pérou, en Bolivie, en Equateur, en Colombie, au Venezuela et au Chili. Des missionnaires atteignirent les Philippines et le Japon. Vers 1753, l’Ordre comptait environ 1500 couvents et 20.000 membres.

1786-1880 : temps d’épreuves et de déclin

La naissance d’un climat anti-monastique et la Révolution française eurent des conséquences catastrophiques pour la vie religieuse en Europe. Les ordres contemplatifs étaient considérés comme totalement inutiles sur le plan social. Cette idée s’étendit très vite aux ordres et congrégations actifs. Une vague de répression commença sous le règne du roi Louis XV : des couvents qui étaient, selon la définition de la Commission des réguliers, « en difficulté » furent fermés. En 1769, les Augustins furent rassemblés à propos de la suppression de maisons et en 1773, 66 maisons furent fermées. Les fermetures atteignirent un point culminant pendant la Révolution française (1789-1801 ; les conséquences se firent sentir jusqu’en 1811). Des propriétés ecclésiastiques furent confisquées, des ordres et des congrégations dissociés et les vœux monastiques officiellement interdits, soi-disant à cause de leur inhumanité. La Révolution française n’était pas un événement isolé, car aussi sous Joseph II en 1782, par exemple, les religieux furent systématiquement opprimés. C’est seulement en dehors de l’Europe, dans les provinces augustiniennes des Philippines et des Etats-Unis, que la Révolution n’a pas fait de dégâts. En 1817, la Province de Malte fut fondée et des frères partirent pour l’Australie et pour la Chine. Le nombre d’Augustins fut toutefois réduit à 1900.

1881-1990 : rétablissement difficile et crise suite au manque de vocations

L’organisation de l’Ordre devint de plus en plus internationale. Aujourd’hui, l’Ordre est présent en Italie, en Espagne, en Allemagne, en Autriche, en Pologne, dans la République tchèque, en Angleterre, en Ecosse, à Malte, en Tunisie, en Algérie, au Nigeria, au Congo, en Tanzanie, aux Philippines, en Australie, au Japon, au Corée du Sud, en Inde, en Indonésie, aux Etats-Unis, au Canada, au Mexique, à Puerto Rico, à Santo Domingo, au Panama, au Venezuela, en Colombie, en Equateur, au Brésil, en Bolivie, en Uruguay, au Chili, en Argentine et au Pérou.

Précédent L’histoire de l’Ordre de Saint-Augustin Suivant