La Spiritualité d'Augustin Suivant

L’héritage spirituel d’Augustin

Nous ne pouvons traiter ici tous les aspects de la pensée et de la spiritualité augustine. Nous nous limiterons à quelques thèmes importants.

La primauté de l’amour

L’amour et le vrai bonheur. L’œuvre d’Augustin commence par la question de savoir comment l’homme peut trouver le vrai bonheur. Il n’existe personne qui ne désire pas être heureux. Mais le désir est lié à l’amour, car personne ne désire ce qu’il n’aime pas. L’amour consiste en la volonté de devenir un avec l’objet chéri. Mais chaque objet que l’on aime ne procure pas le bonheur. Seul un bien éternel et impérissable peut nous rendre vraiment heureux, car seul un tel bien exclut toute crainte de perte de l’objet chéri. C’est la raison pour laquelle seul Dieu peut garantir un bonheur pareil. L’amour nous unit à Dieu comme notre bien éternel et durable. Et ceci selon le principe que l’homme devient ce qu’il aime : "S’il aime la terre, il deviendra la terre ; s’il aime le Dieu éternel, il aura part à l’éternité de Dieu".

L’amour : le sens plénier des Ecritures

Selon Augustin, le message entier de la Bible se résume en deux préceptes : l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Il écrit : "Si mon espérance dans le nom du Christ n’a pas été vaine, c’est que non seulement j’ai cru à la parole de mon Dieu qui fait consister toute la loi et les prophètes dans ces deux commandements, "l’amour de Dieu et du prochain (Mt, 22, 40) ;" mais que je l’ai éprouvé et l’éprouve encore tous les jours. Dans tout mystère, dans tout passage des saintes Lettres je vois écrits ces mêmes principes" (Ep. 55, 21, 38). Ici, Augustin est l’écho fidèle de la doctrine de Saint-Paul : La Charité est donc la Loi dans sa plénitude (Rm 13, 10) et : Cette injonction ne vise qu’à promouvoir la charité (1 Tm 1, 5). Le mot "objectif" ne signifie nullement que l’amour met fin à tous les autres préceptes ou qu’il les supprime, mais plutôt que l’amour est la perfection à laquelle réfèrent tous les autres commandements et à laquelle tous peuvent être ramenés. Ce qui a été dit de l’amour s’applique aussi bien à l’Ancienne qu’à la Nouvelle Alliance. C’est la raison pour laquelle les mots du Christ "Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Oui, comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres." (Jn 13, 34) ne renouvelaient pas seulement les apôtres et nous-mêmes, mais aussi tous les patriarches, prophètes et justes qui vivaient à l’époque de la Première Alliance.

Aimer avec l’amour de Dieu

Dieu est amour. En se montrant bon et miséricordieux, Dieu se révèle amour. Pour nous, ceci constitue un appel, une exigence et un ordre d’aimer les hommes comme Dieu les aime. Le plus haut degré d’amour pour nos frères et sœurs consiste à les aimer avec l’amour de Dieu qui nous a été offert par le Saint-Esprit. Ainsi, notre amour constitue une participation à l’amour de Dieu qui s’étend à chaque être humain, voire jusqu’à nos ennemis. Notre amour doit refléter l’amour de Dieu. Lorsque Augustin parle d’amour, il parle d’amour en tant que don de Dieu qui gratifie notre volonté d’un nouveau désir : une aspiration à la vérité divine, la sagesse, la paix et la justice. Aimer avec cet amour-là exclut tout péché, à savoir tout amour possessif ou égoïste, l’orgueil, l’arrogance, l’éloge de soi, son propre honneur ou avantage. Le fait que l’amour est un don de Dieu, se réfère d’abord à notre amour de Dieu, car Lui seul peut se donner à nous. Il nous a aimé le premier. Deuxièmement, ce principe se rapporte à notre amour du prochain. Le Saint-Esprit en nous nous fait brûler d’amour pour notre prochain. Pour Augustin, un amour purement naturel pour l’autre ne suffit pas, car alors nous négligeons trop facilement Dieu en tant que notre bien suprême. Aimer autrui comme soi-même signifie que les autres peuvent aussi trouver leur bien là où nous le trouvons nous-mêmes, à savoir en Dieu. Cela est le plus grand bien que nous puissions nous souhaiter mutuellement. C’est seulement sous ce jour-là que nous pouvons comprendre pleinement les célèbres paroles d’Augustin : "Aimez, et faites ce que vous voulez…cette racine ne peut produire que d’excellents fruits" (Ep. Jh. 7, 8). L’amour est la loi la plus difficile que nous ayons reçue ; en effet, elle implique que nous ne sommes jamais libres de simplement faire ce dont nous avons envie sans tenir compte des autres.

La priorité temporaire de l’amour du prochain

La priorité temporaire signifie qu’ici, sur terre, aussi longtemps que nous devons prendre soin de nos prochains, la charité précède l’amour de Dieu. Il est vrai, dit Augustin, que l’amour de Dieu est le premier des commandements, mais toujours est-il que l’amour du prochain vient le premier dans l’ordre d’exécution. Pour aimer Dieu, nous devons commencer par aimer le prochain : "Tel doit être l’objet continuel de vos pensées, de vos méditations, de votre souvenir, de vos actions, de tous vos efforts. L’amour de Dieu est le premier qui soit commandé ; l’amour du prochain est le premier qui doive être mis en pratique…en aimant le prochain vous vous rendez digne de voir Dieu ; en aimant le prochain vous donnez à votre œil la pureté nécessaire pour voir Dieu " (Ev. Jh. Tr. 17, 8-9).

La raison de tout ceci réside dans le fait que les deux amours s’englobent et sont inextricablement liés. C’est la raison pour laquelle il suffit de mentionner seulement l’un des deux commandements. En faisant appel à l’autorité de Saint-Paul et Saint-Jean, Augustin tire la conclusion que c’est avec juste raison que l’Ecriture sainte ne mentionne habituellement qu’un seul commandement au lieu de deux. Augustin lui-même explique pourquoi. "Pourquoi, l’Apôtre, dans l’Epître aux Galates et dans celle aux Romains, ne parle-t-il que de l’amour du prochain ? Parce que les hommes, en prétendant avoir l’amour de Dieu, peuvent tromper plus facilement, car cet amour est soumis à de plus rares épreuves, tandis qu’il est plus aisé de les convaincre qu’ils n’ont pas l’amour du prochain, lorsqu’ils se rendent coupable d’injustice à l’égard des hommes. Les Galates mentaient donc en soutenant qu’ils avaient en eux l’amour de Dieu, tandis qu’ils étaient convaincus de haine contre leurs frères, comme il était facile de le leur prouver par leur conduite et leurs actes de tous les jours." (Explication de l’Epître aux Galates, 45) Ainsi, l’amour du prochain est la norme de notre amour de Dieu, car son caractère concret exclut chaque forme d’illusion. L’amour du prochain est le moyen le plus concret pour exprimer notre amour de Dieu.

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